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TITRE : Le Soir, Lilith

AUTEUR : Philippe Pratx

EDITIONS : L'Harmattan

Résumé 

Automne 1964. Lilith Hevesi, star hollywoodienne sous le nom d'Eve Whiteland, est morte depuis quarante ans. La Cinémathèque de T. s'apprête à lui rendre hommage tandis que le narrateur, écrivain français, a entrepris une biographie de celle qui fut alors une amie intime, et beaucoup plus. Une journaliste, Solange Marty, rencontre le narrateur : elle prépare elle aussi un article biographique sur Lilith et souhaiterait en apprendre davantage.

 

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Mon avis

Je désire, de prime abord, remercier l’auteur, Philippe Pratx, qui m’a contacté via le blog, afin de me proposer son œuvre sous format PDF. C’est la première fois qu’un auteur édité prend contact avec moi et j’en suis très honorée. D’autant plus, que lors de nos échanges par mail, Mr Pratx a accepté de répondre à une petite interview que j’élaborerai dans la foulée.
Autre nouveauté : hormis un ouvrage d’une jeune femme cherchant à se faire éditer, c’est la première fois que je lis sur mon netbook. Je dois avouer que ce n’est pas facile pour moi, l’amoureuse du Livre ! Mais j’ai relevé le défi et je ne regrette rien… Pour autant, je n’achèterai pas de liseuse !

Folie.

Ce terme définirait assez bien l’ensemble de cette œuvre. Folie de l’auteur, folie du narrateur, folie des personnages, et j’ajouterai folie du lecteur…
Tout d’abord j’aborderai ma chronique, une fois n’est pas coutume, par mon ressenti sur cette œuvre. Ce livre porte tout à son honneur le terme d’œuvre. Ce fut une lecture laborieuse dans le sens où il m’a fallu une certaine concentration que je n’ai plus l’habitude d’avoir… Bref, les moments de calme (c'est-à-dire quand il n’y avait personne à la maison, et surtout pas mes 3 démons) étaient des moments privilégiés pour découvrir ce livre. Si vous lisez juste pour lire, passez votre chemin ! Il vous faudra un peu plus pour vous plonger dans cet univers que certains ont qualifié de « faux airs de romans noirs ». Mais que cela ne vous décourage pas, car on s’attache à cet univers et lorsqu’on arrête la lecture, on ne pense qu’à la poursuivre encore un peu plus en espérant y faire une découverte révélatrice… L’auteur a une écriture bien particulière mêlant poésie, description intense, et apportant cette originalité folle aux pensées des personnages. Je n’ai jamais lu quelques écrits que ce soit qui puissent être comparable à cette œuvre !
Notre narrateur dont nous ne connaissons ni le nom ni le lieu de son habitation, écrit en 1964 la biographie d’une star du cinéma muet, Lilith Heves, connue à Hollywood sous le nom d’Eve Whiteland, et disparue bien trop tôt en 1924. Son rapport avec l’actrice m’a paru un peu flou mais, très vite, j’ai saisi à quel point il a aimé cette femme et ses excentricités au point de la vénérer dans ses écrits. Il sera interrogé régulièrement par une journaliste désirant écrire un article sur Lilith. Cette rencontre qui s’avèrera au départ très agaçante du point de vue du narrateur, prendra une autre dimension au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture.

Le narrateur qui, au début, m’a paru trop mièvre vis-à-vis de Lilith, prend plus de profondeur au fil de l’histoire. La journaliste qui me faisait un peu pitié, se révèlera double. Quant à Lilith, elle m’a surprise. Sa folie qu’on pourrait attribuer à sa dépendance à l’opium, m’a paru avoir un sens… et je me suis attachée à ce personnage.

L’auteur présente son œuvre de façon très originale. Ainsi se mêleront plusieurs types d’écrits qui pourront amener le lecteur à une certaine perplexité :
- 1964 : les échanges entre le Narrateur et la journaliste.
- Les brouillons de la biographie de Lilith qui mêlent divers souvenirs et pensées parfois confuses du Narrateur
- Des extraits du Journal de Lilith et de son Carnet d’Ecriture, à la fois poétiques et déroutants
« Je n'en croyais pas mes yeux, je ne pouvais croire ce que je voyais, couchée à l'ombre de son arbre, un grand charme dans la plaine, dans la plaine, un arbre merveilleux. Et quand ses branches s'inclinent sur moi, le monde paraît plus tendre, plus doux, plus doux à son ombre exquise. Et quand il me frôle le ventre, je suis plus forte, pleine de force je me sens. »
- Des extraits de scénarios de films dans lesquels Lilith a joué. On peut la retrouver en rôle principal ou alors en simple protagoniste secondaire, ou même figurante notamment à ses débuts. Quelques fois, on a la sensation que le personnage de fiction fusionne avec son interprète, sensation qui se confirmera en avançant dans la lecture…
«Lilith arrive enfin à une pièce nettement plus vaste, dont l’entrée est gardée par un huissier. Ici la foule est plus dense et plus affairée. C’est une salle de jeu. Tables où l’on joue aux cartes, au baccara, roulettes… Que fait Lilith ici ? Elle hésite à s’approcher de l’une ou l’autre des tables. L’assurance fragile qu’elle avait montrée tant qu’elle se frayait un chemin jusqu’à cette salle vacille visiblement. Que fait-elle ici ? Mais on le comprend bien : son mari, sa famille menacée de ruine… Et tout d’un coup on voit un homme fendre la cohue sans ménagement pour se précipiter vers Lilith. La perruque et le masque de Lilith ne l’ont manifestement pas empêché de la reconnaître. Il est forcément dans le secret. Un secret dont nous ignorons tout. L’homme est joué par George Arliss. Son long visage inquiétant a des airs libidineux, son front haut d’aristocrate se lisse tantôt, et tantôt se plisse de rides perverses, sa moue plébéienne semble proférer des paroles lourdes de sous-entendus, sans que l’on ait besoin de recourir au moindre carton. Lilith le connaît, et nous le connaissons, nous l’avons déjà vu à l’œuvre. Pourrait-il être soudainement du côté du bien ? Pourrait-il vraiment aider Lilith et son mari ? Non, bien évidemment. On hésite à peine : rien qu’à le voir, on sait qu’il est bien toujours lui-même, et du côté du mal. Mais Lilith le comprend-elle ? »

Les scènes des années 20 n’ont pas toujours d’ordre chronologique ce qui peut perturber un peu le lecteur mais elles nous permettent de saisir certains aspects de Lilith que le narrateur, qui l’idolâtre, se refuse parfois de voir. Considérez cette lecture comme une sorte de puzzle dont il faut rassembler les pièces pour en admirer la splendeur dans sa totalité.

Au début de cette chronique, je parlais de la folie dans ce roman. Personnellement, j’y ai vu différents degrés de folie suivant les personnages. Mais cette folie reste cohérente… Il est difficile d’en dire plus sans en dévoiler trop sur ce livre, car vous connaissez bien ma façon de penser concernant mes chroniques, mon seul objectif c’est de vous faire lire l’œuvre… Par conséquent, je préfère me taire sur le récit. Sachez juste une seule chose : Philippe Pratx s’y connaît en rebondissement puisque la fin, en elle-même, est surprenante !

Enfin pour vous donner le goût de cette folie envoutante si les quelques extraits n’ont pas eu l’effet compté, voici le titre d’un chapitre laissant une ouverture à la curiosité :
« Où une boîte est vide et comment le narrateur et la journaliste qui n’en est pas une se retrouvent en voiture automobile dans le brouillard, au bord d’un précipice »

Donnez une chance à ce livre mais surtout prenez le temps de le lire avec plus de minutie afin de ne rien rater… Lilith est certes un personnage fictif, mais vous rencontrerez des personnes ayant réellement existés dans cette époque hollywoodienne du cinéma muet, et j’en suis presque à désirer sa réelle existence…

Petit bonus à cette chronique, plus longue que d'ordinaire, le clip fait de ce livre

Le Soir, Lilith

Chronique de ma partenaire Cristy