TITRE : Les Moissons perdues
AUTEUR : Gilles MILO-VACERI
EDITIONS : Editions du 38

Résumé

Juillet 1914. Dans une ambiance assombrie par la guerre qui se profile, Julien de Saint quitte Saint-Cyr avec le grade de lieutenant. En attendant son affectation, il rentre à Coulmiers, petit village proche d’Orléans et y retrouve son père, Henri, agriculteur, son grand-père, André et son frère cadet, Louis, souffrant d’un retard mental.
Les retrouvailles avec Alexandre, son meilleur ami, ainsi qu’avec Eugénie et Camille, ses amies d’enfance, seront entachées de plusieurs drames qui pousseront Julien à mener une enquête parallèle.
Quand la guerre éclate, Julien n’a pas le temps d’épouser Camille. Il est envoyé à Marseille au sein d’un régiment de la Légion Étrangère afin de rejoindre plus tard le front de l’Est. L’horreur des combats, le quotidien dans les tranchées, la mort qui s’invite à chaque instant, rien n’épargnera le jeune homme.
Lors d’un assaut il est grièvement blessé et reste sur le champ de bataille. Soigné par les Allemands, il se retrouve sur un domaine agricole en Haute Bavière où il devra se plier aux ordres de la belle Liese et de son frère officier, Friedrich von Baumgartner.
Julien de Saint sera la proie d’un destin tragique contre lequel il ne cessera de lutter et ne s’avouera jamais vaincu.
Cette magnifique saga nous emporte dans des histoires d’amour, d’héroïsme, de trahison, ainsi qu’au sein d’une sombre enquête. C’est aussi un roman qui célèbre la terre, et l’attachement que lui vouent les hommes qui s’y enracinent.

Mon avis

Je remercie Les Editions du 38 de me permettre de découvrir un nouvel ouvrage de Gilles Milo-Vacéri. Si vous suivez le blog, vous savez à quel point j’apprécie cet auteur ! Je ne vais pas tourner autour du pot, Les Moissons perdues ne font pas exception à la règle : j’ai adoré et je peux même dire que ce roman fait parti de mon trio de tête des œuvres de Gilles avec Yem et Les Larmes de Satan ! Du coup, je pense même l’offrir à Noël à ma grand-mère qui m’a donné cette passion pour la lecture !

Je ne vais pas en dire plus sur l’intrigue et la trame du récit, le résumé en raconte assez. Gilles nous amène à nouveau dans l’Histoire, il a le don de raconter des faits passés en nous prenant aux tripes. On plonge tête première dans le texte, on voit les paysages, on est témoin des batailles, on ressent le désarroi des gens à l’annonce de cette guerre. Mais le pire, c’est que le lecteur sait à quel point cette guerre fut meurtrière et horrible. Aussi, on sait que le malheur sera présent tout au long du roman. On se demande juste qui réchappera des tranchées… Toutes les vies seront marquées !

Les personnages sont très attachants. Dès le départ, j’ai aimé Julien, sa famille, ses amis et sa Camille. Cet homme est fidèle envers sa famille et ses amis. Il a de l’honneur, du courage et ne supporte pas l’injustice. Ce que j’ai apprécié dans Les Moissons Perdues, c’est que l’auteur prend le temps de nous conter les quelques mois avant la guerre : les instants de bonheur avant que le malheur ne vienne. Nous, on sait qu’elle aura lieu ! Mais les personnages l’ignorent… et c’est juste horrible pour le lecteur car c’est durant ces pages qu’il s’attache aux personnages. Autre fait très appréciable, c’est qu’en sus de la guerre qui se profile et qui va plonger le pays dans l’horreur, il y a une autre affaire, tout aussi terrible, qui marquera Julien et les siens, et qui aura presque plus de conséquence sur l’avenir de tous. C’est à ces moments-là, qu’on s’aperçoit que l’être humain peut être autant bon que mauvais. Le mal est né de l’engeance humaine et nous en avons deux exemples forts dans ce texte : la guerre et cet homme dont je tairais le nom qui détruira de nombreuses vies…

Gilles possède un talent, un don incroyable de conteur et une plume qui porte, transporte, promène et malmène le lecteur. Il nous pousse dans nos retranchements. Alors qu’on pense enfin percevoir un peu de lumière et d’espoir pour ses personnages, il nous assomme et nous relève pour nous mener ailleurs vers d’autres chemins parfois tout aussi laborieux. Une nouvelle fois, je termine un de ses romans avec le souffle coupé et en étant hantée par le texte. D'ailleurs, j'ai une petite chose à ajouter : ce roman me confirme l'immense respect de l'auteur vis à vis de l'armée ! Le coup de cœur est, une nouvelle fois, présent. Merci Gilles de me permettre de lire des textes aussi beaux, bien construits et émouvants. Le flot d’émotions diverses m’a submergé !

Extrait
Quand il découvrit les blessures de certains hommes, il eut même honte d’occuper un lit réservé aux officiers. Les hommes le regardaient comme une bête curieuse, car bien peu d’officiers venaient ici et pour cause. Les gardés n’étaient pas supposés monter à l’assaut avec leurs hommes, alors un capitaine portant les traces du combat surprit tous les patients de sa chambrée.
Il quitta l’hôpital quinze jours plus tard, ou plutôt le corps médical le laissa partir, car le capitaine de Saint ne supportait plus l’environnement étouffant dans lequel il se trouvait. Le jour où il menaça le médecin-chef de lui arracher ses organes génitaux avec une petite cuillère, ils cédèrent à sa demande.
Il réintégra son régiment quelques jours avant Noël et trouva cinq lettres de Camille à son arrivée. Il découvrit aussi les visages des nouveaux arrivants, envoyés pour remplacer les lourdes pertes de ces dernières semaines. Ses hommes étaient épuisés et rentraient d’une semaine de combat.
Julien s’enferma une journée entière pour lire son courrier et écrire une longue lettre à Camille. Le lendemain matin, il fut présent au rapport comme tous les autres.
Son visage portait maintenant une vilaine cicatrice sur la pommette droite et son regard s’était encore durci. En peu de temps, il avait vieilli de dix années d’un coup et ses traits s’étaient creusés, faisant apparaître de légères ridules. Tous les nouveaux légionnaires qu’il reçut en tête-à-tête furent impressionnés par leur commandant de compagnie et comprirent le sens de leurs noms de guerre.

coup de coeur

Les moissons perdues

 

En partenariat avec

les éditions du 38